Association Touraine -Canada

 

Des bords de Loire aux rives du Saint-Laurent

Text Size

don barbeau

 

De Dom Claude Martin aux Bénédictins de Solesmes :

l'édition des écrits de Marie de l'Incarnation.

 

Étude du contexte

 Dom Thierry Barbeau, osb, Solesmes

 

 

           Deux siècles et demi après les éditions procurées par le fils, Dom Claude Martin, les bénédictins de Solesmes, ses héritiers, se lancèrent dans la publication des œuvres de Marie de l'Incarnation. Le travail réalisé par cette « généalogie de chercheurs[1] », - à laquelle il faut associer aussi les noms de François-Pierre Richaudeau et de Eugène-Charles Griselle -, est bien connu pour avoir donné aux universitaires et aux amis de Marie une série d'éditions remarquables. Nul n'est besoin de revenir sur la composition de ce corpus[2].

         Mais quelles furent les motivations qui conduisirent Dom Claude, puis les moines de Solesmes à publier les écrits de Marie ? Dans quel cadre s'inscrivirent ces entreprises éditoriales ? Quelle fut la portée de ces éditions ? Enfin quelles ont été les vraies raisons, au-delà des évidences peut-être trompeuses, de la reprise par Solesmes de ce vaste chantier d'édition ? C'est sur ce questionnement qui fait peut-être l'objet d'une moindre attention de la part des chercheurs, celui du contexte, de l'arrière-plan essentiellement religieux, des éditions de l'œuvre de Marie de l'Incarnation, que nous voudrions ici nous arrêter.

         Ce questionnement est aussi celui du regard que posaient sur Marie de l'Incarnation ses éditeurs bénédictins, sur cette « fille de Dieu » qui n'appartient pas en propre à leur tradition et dont l'expérience mystique demeure « inclassable[3] », entre la mystique de l'intériorité, la mystique de la conformation au Christ, et la mystique apostolique.

L'œuvre d'édition de Dom Claude Martin

         Il n'est peut-être pas inutile, au moins pour mémoire, de donner d'abord la liste des écrits de Marie Guyart recueillis et édités par son fils Dom Claude Martin. Dom René-Prosper Tassin, dans son Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur (1770), en a dressé le premier la nomenclature[4]. Cette dernière doit être quelque peu corrigée et précisée.

-       La Vie de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, première supérieure des Ursulines de la Nouvelle France. Tirée de ses Lettres et de ses Écrits, Paris, Louis Billaine, 1677, un vol. in-4° de 34 [non paginées], 757 et 6 [non paginées] p.

-       Lettres de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, première supérieure des Ursuline de la Nouvelle France, divisées en deux parties, Paris, Louis Billaine, 1681, un vol. in-4° de 675 p.

-       Retraites de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, religieuse ursuline. Avec une Exposition succincte du Cantique des cantiques, Paris, Veuve louis Billaine, 1682, un vol. in-12° de 35 [non paginées] et 248 p.

-       L'École sainte ou Explication familière des Mystères de la Foi. Pour toutes sortes de personnes qui sont obligées d'enseigner la Doctrine chrétienne. Par la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation, Religieuse Ursuline, Paris, jean-Baptiste Coignard, 1684, un vol. in-12 de 32 [non paginées] et 562 p.

         La décision que prit Dom Claude Martin[5] d'écrire la Vie de sa mère suivit de très peu l'annonce de sa mort survenue à Québec le 30 avril 1672, puisque la première approbation des censeurs date du 2 décembre 1675. L'« achevé d'imprimer » est daté du 15 octobre 1676 et l'ouvrage est paru soit à la fin de l'année 1676 soit au début de l'année suivante. À vrai dire, La Vie de la vénérable Marie de l'Incarnation avait été préparée de longue date, du vivant même de l'ursuline. Quels furent les motifs qui poussèrent Dom Claude à entreprendre ce travail d'édition qui devait l'occuper douze ans ? Et comment les supérieurs de la congrégation de Saint-Maur ont-ils pu donner l'autorisation de publier les écrits de Marie, quand on sait combien ils se montraient chatouilleux en matière d'édition ? D'autant que certains des confrères de Dom Claude s'y montrèrent hostiles. C'est là une question à laquelle il n'est pas aisé de répondre. Conformément aux Déclarations de Saint-Maur, le manuscrit de la Vie avait du être soumis, en plus des censeurs habituels, à l'examen du supérieur général et de son conseil. Le texte normatif est formel :

Qu'aucun ne puisse faire imprimer ou publier ses écrits, ou ceux d'autrui ; ni livres composés par soi-même, ou par d'autres, ni faire graver, ni autrement donner au public choses, qu'il aura inventées, sans permission expresse par écrit du chapitre général ou [à défaut du chapitre qui ne se réunissait que tous les trois ans] du R. P. Supérieur général[6].

         La personnalité de Dom Claude Martin, sa position de premier plan au sein de sa congrégation, auront vraisemblablement joué en sa faveur. C'était déjà un homme d'autorité, un théologien de la vie spirituelle, reconnu comme tel. Rappelons très brièvement son parcours. Dom Claude fit profession le 3 février 1642 à l'abbaye de la Trinité de Vendôme, à l'âge de 22 ans. En 1651, soit moins de dix ans plus tard, il y retournait pour exercer la charge de sous-prieur. À 32 ans, c'était sa première expérience de supérieur ; responsabilité qu'il remplira encore quelques mois avant sa mort à Marmoutier le 9 août 1696. Alors qu'il travaille à l'édition de la Vie et des écrits de sa mère, il est à Paris, à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, au côté du supérieur général en qualité d'assistant, de 1668 à 1675, puis à Saint-Denis-en-France, comme prieur, de 1675 à 1681, et de nouveau assistant, de 1681 à 1690. Si Dom Claude Martin possédait les qualités nécessaires à un homme de gouvernement, il passait surtout pour un excellent directeur spirituel et était considéré à Saint-Maur comme expert dans le domaine de la formation et des études.

         La Vie semble avoir été composée à l'invitation des ursulines « Canadoises » et de celles de Tours ; du moins pressèrent-elles Dom Claude d'achever son travail, d'après ce que ce dernier écrit le 29 mars 1678 à la supérieure des ursulines de Québec, Mère Marguerite (de Flecelles) de Saint-Athanase :

Vous me consolez beaucoup de me dire que toutes vos bonnes Mères sont satisfaites de mon petit ouvrage et qu'il y a lieu d'espérer qu'il fera à l'avenir quelque fruit dans vostre communauté. J'ay encore bien de la joye qu'il aye dans vostre nouvelle france la mesme approbation que dans l'ancienne, vous avez bien raison de dire que Dieu a conduit ma plume, Je le reconnois tous les jours de plus en plus, et de là vous inférez justement que c'est à luy qu'il faut rendre la gloire et l'honneur. Je la lui rends de tout mon cœur, avouant que je suis un instrument inutile dont il s'est servy pour faire quelque chose à sa gloire et à l'Utilité du public. Ceux qui vous ont dit qu'il y a des redites ont raison. Je l'ay bien remarqué moy-mesme, et je croy vous avoir mandé que pour rendre l'ouvrage parfait, il falloit encore y travailler une année entière, mais l'empressement de vos bonnes sœurs Canadoises et de celles de Tours m'a obligé de le finir et de le laisser dans un estat passable. Si l'on fait une seconde édition on pourra retrancher la répétition et quelques fautes que nous aurions remarquées[7].

         La Vie rencontra un vif succès, certes très limité, mais réel. C'est ce succès qui détermina Dom Claude à préparer une édition de la correspondance de sa mère, projetée déjà lors de la parution de la Vie et dont la Préface se fait l'écho : « Des Fragments de ses lettres qu'on trouvera souvent rapportées par forme d'addition ou d'éclaircissement, l'on pourra juger de l'esprit qu'elles contiennent ; ce qui me porte d'en disposer deux livres pour donner au public, dont le premier sera de ses Lettres spirituelles, dans lesquelles outre qu'on verra un second tableau de sa vie, on y trouvera encore des instructions admirables et toutes divines pour la vie spirituelle […] L'autre sera de lettres historiques[8] ». Cette nouvelle publication, au regard de la proximité même des événements – de nombreux correspondants de l'ursuline étaient encore en vie – était une entreprise audacieuse. Mais Dom Claude voulait faire connaître plus complètement la physionomie spirituelle de sa mère, donner « un second tableau de sa vie », selon sa propre expression.

         L'édition des Retraites de Marie de l'Incarnation était un travail auquel Dom Claude Martin songeait aussi depuis longtemps. Dans la Préface à la Vie toujours, il écrivait en effet : « je pourrai encore tirer quelque chose des sentiments qui lui sont restés dans le cœur et qu'elle nous a laissés par écrit après deux retraites de dix jours : ils sont remplis d'une onction si divine qu'outre le secours que j'en tirerai pour cet ouvrage [la Vie], je pourrai un jour en faire part au public[9] ».

         Les Retraites appartiennent à la littérature de méditation très en vogue à l'époque. Dom Claude Martin avait lui-même publié des Méditations chrétiennes pour les dimanches, les féries et les principales fêtes de l'année (Paris, 1669, 2 vol. in-4°) ; une Conduite pour la retraite du mois, à l'usage des religieux de la Congrégation de Saint-Maur (Paris, 1670, in-12°) et une Pratique de la Règle de saint Benoît (Paris, 1674, in-12°), composée à l'intention des novices.

         Dans sa courte mais substantielle Préface aux Retraites, Dom Claude prend la défense de l'oraison de quiétude et de la passivité en général, dont l'expérience peut être vécue en dehors même des états proprement mystiques et à l'intérieur de la contemplation « commune ». En effet, la publication des Retraites se rattache surtout au différend que le mauriste eut avec son ami Pierre Nicole, lors duquel il se fit l'interprète de la tradition de l'Église en faveur de la prière contemplative[10]. Dispute amicale qui eut lieu à l'intérieur de la controverse quiétiste, en marge de la grande querelle entre Bossuet et et Fénelon.

         Pierre Nicole faisait paraître en 1679 un Traité de l'oraison qui, de la prière, ne connaissait pratiquement que l'oraison méthodique ou la simple méditation. Le théologien jetait le discrédit sur les états ou manifestations de l'oraison passive, entre autres sur l'oraison de quiétude, que l'on désignait, à la suite de François Malaval notamment, par la métaphore de « simple regard ». Cet état d'oraison, que Dom Claude Martin nomme aussi parfois « oraison de simple regard », est pour lui, comme il l'était déjà pour sa mère, la prière parfaite qu'il identifie avec l'acte de la contemplation. Dom Claude projetait de répondre à Nicole par un Traité de la contemplation qu'il n'eut malheureusement jamais le temps de composer. L'édition des Retraites de Marie de l'Incarnation, la Préface de l'éditeur aussi, étaient déjà une réponse indirecte au Traité de Nicole, et à laquelle celui-ci ne fut pas insensible comme il avait également apprécié la Vie dont il conseillait même la lecture à ses dirigés.

         Dom Claude, en publiant les Retraites de sa mère, souhaitait mettre la prière contemplative à la portée d'un maximum de personnes. La lecture des Méditations de Marie n'a d'autre but que « de rendre l'oraison parfaite autant qu'elle le peut être dans l'ordre commun ». Il écrit encore :

Il y a peu de personnes spirituelles, et même peu de chrétiens, pourvu qu’ils vivent dans l’ordre et dans la grâce de Dieu, qui n’aient quelque expérience de cette sorte d’oraison […] : mais tous ne goûtent pas également le don de Dieu. […] On ne peut attribuer la cause de cette différence qu’à la volonté de Dieu, qui distribue ses dons et ses grâces comme il lui plaît. Pour l’ordinaire néanmoins cette grâce se donne selon la mesure de la charité et de la ferveur d’esprit, qui emporte l’âme sitôt qu’elle voit l’objet qu’elle désire. […] Que ce n’est autre chose que la grâce actuelle, mais avec un renforcement de lumières dans l’entendement, et d’attraits dans la volonté[11].

         L'édition des Retraites, ainsi que celles de la Vie et des Lettres, répondait donc à la position de Dom Claude Martin en faveur de la prière contemplative, de l'oraison de quiétude dans la liberté du cœur et de l'esprit. C'est avant tout pour illustrer cette tradition de la prière, bien située dans la grande lignée du mysticisme français, que Dom Claude aurait donc entrepris le travail d'édition des écrits de sa mère. Les protagonistes de la querelle quiétiste ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Aussi bien Fénelon que Bossuet, mais aussi Mme Guyon[12], n'ont pas manqué de s'appuyer sur La Vie de la vénérable Marie de l'Incarnation pour élaborer leurs positions opposées.

         Au reste, la congrégation de Saint-Maur elle-même n'était pas restée étrangère au mysticisme. Ce courant y est représenté à travers d'autres auteurs, comme Dom François Lamy[13] qui s'opposa à Malebranche sur la question du pur amour, Dom Robert Morel et le janséniste Dom Gabriel Gerberon[14] qui prit la défense de Fénelon, pour ne citer que les plus connus.

         L'édition de L'École sainte ou Explication familière des Mystères de la foi répond à un véritable souci pastoral en faveur de la transmission de la foi, auquel Dom Claude Martin mais aussi les mauristes en général furent particulièrement sensibles : prédication, enseignement du catéchisme et même organisation de missions dans le ressort de leur juridiction.

         L'École sainte est presque autant l'œuvre de Dom Claude que de Marie de l'Incaranation. L'éditeur n'écrit-il pas lui même : « Celle qui l'a composé […] n'a eu dessein de travailler que pour de jeunes Religieuses et pour des personnes simples qu'on lui avait données à instruire ». Il s'agit de l'enseignement que Marie avait dispensé aux jeunes sœurs du noviciat à Tours en 1634-1635. « J'ai fait en sorte néanmoins qu'en retranchant de certaine choses et y en ajoutant d'autres, poursuit-il, l'Ouvrage peut servir à toutes sortes de personnes[15] ». Car l'intention de Dom Claude était d'élargir le plus possible le lectorat auquel il destinait le manuel : curés, maîtres d'école, pères de famille, ces derniers désireux « d'en faire lire au moins tous les Dimanches un Chapitre à ceux de leur famille assemblés pour cet effet[16] ».

         Dans son Dictionnaire historique, Moréri, reprenant à son compte le jugement du jésuite Pierre François Xavier de Charlevoix, considérait L'École sainte comme l'« un des meilleurs catéchismes que les catholiques romains aient en français[17] ». La diffusion de l'ouvrage, malgré ses indéniables qualités, semble avoir été limitée. Il arrivait à une époque où déjà s'étaient multipliés les catéchismes diocésains ou privés. Il aurait cependant été réédité en 1691.

         Quelle fut l'importance de la diffusion des éditions des écrits de Marie de l'Incarnation réalisées par son fils, Dom Claude Martin ? Elle fut limitée à un cercle relativement restreint. Pour écouler les exemplaires qui leur restaient, le premier éditeur, Louis Billaine, ou les libraires successifs chargés de la vente des ouvrages, ont réimprimé la page de titre avec un nouveau millésime, sans que cela n'ait constitué à proprement parler une nouvelle édition, ni même correspondu à un nouveau tirage. La pratique était alors courante chez les libraires. Ainsi la Vie se vend à Paris chez Pierre De Bats en 1684, puis se retrouve chez Warin, toujours à Paris, avec le millésime de1696, mais l'achevé d'imprimer porte toujours la date du 15 octobre 1676. Les Lettres aurait compté deux éditions fictives, l'une chez Warin en 1684, l'autre chez Jouvenel en 1696.

         Les contemporains ont accueilli favorablement les ouvrages de Dom Martin. Dom Edmond Martène, dans La Vie du vénérable Père Dom Claude Martin (1697), écrit : « [La Vie] a été à couvert de la plus sévère critique : j'en ai entendu faire l'éloge à Monsieur Nicole, dont le témoignage ne peut être suspect en matière d'oraisons et de voies extraordinaires ; et il en faisait tant d'estime, qu'il en conseillait la lecture à la plupart des personnes dont il avait la direction. L'on peut voir les louanges que lui donnent les Docteurs, qui l'ont approuvée, que je ne répète point ici : mais je ne puis me dispenser de rapporter le témoignage et l'approbation de Monsieur l'Évêque de Québec [François de Laval][18] ». « Cette Vie a fait un fruit merveilleux et a été estimée de toutes les personnes de piété, écrit ailleurs Dom Martène, et des gens fort savants l'ont élevée au-dessus des œuvres de sainte Thérèse[19]. » Et Dom Martène de citer Bossuet.

         En publiant la Vie de sa mère, Dom Claude ne souhaitait nullement « entrer dans des matières de controverses spirituelles[20] ». Aussi l'ouvrage ne suscita-t-il pas la polémique. C'est de nombreuses années après sa parution qu'il fut utilisé par les principaux acteurs de la querelle quiétiste que nous avons déjà évoqués. Bossuet ne découvrit La Vie de la vénérable Marie de l'Incarnation qu'en 1695, lorsque Mme Cornuau, qui lui en avait adressé des extraits, la lui fit connaître[21]. Dans son Instruction sur les états d'oraison, publiée deux ans plus tard, en 1697, Bossuet ne manque pas d'appeler à la rescousse la « mère Marie de l'Incarnation Ursuline, qu'on appelle la Thérèse de nos jours et du nouveau monde », sans oublier le « vénérable et savant Religieux, fils de cette sainte veuve, plus encore selon l'esprit que selon la chair, et qui en a écrit la vie, approuvée pas nos plus célèbres docteurs[22] ». Parmi ces derniers, se trouve Edme Pirot, docteur de Sorbonne, ami très dévoué de l'évêque de Meaux. Marie de l'Incarnation est aux yeux de ce dernier une autorité indiscutée ; C'est ce qui paraît encore en 1700 dans ses réponses à un questionnaire qui lui avait adressé Mme de la Maisonfort sur quelques difficultés tirées de son Instruction sur les états d'oraison[23].

         Quant à Fénelon, il compulsa la Vie dont il ne fit pas moins de 133 extraits, repartis dans ses dossiers, conservés aujourd'hui à Paris, à la Bibliothèque du séminaire de Saint-Sulpice[24]. Dans une lettre inachevée et non expédiée , écrite peut-être en juin 1698, où Fénelon répliquait à Bossuet au sujet du sacrifice absolu du salut en s'appuyant constamment sur la Vie, il fustigeait l'évêque de Meaux : « Vous rapportez comme une chose digne d'approbation qu'on a nommé cette sainte veuve la Thérèse de nos jours et du nouveau monde ; vous assurez que l'histoire de sa vie faite par un auteur que vous nommez un vénérable et savant religieux, est approuvée par nos plus célèbres docteurs. […] C'est vous en rendre bien clairement responsable vous-même. Il ne nous reste donc plus qu'à écouter la Thérèse de nos jours et du nouveau monde et son historien, avec qui vous et M. Pirot vous êtes rendus solidaires[25] ».

         Cependant, Dom Claude Martin, réaliste, écrivait déjà le 25 avril 1696 au jésuite François de Crespieul, missionnaire au canada :

Comme nos Français aiment les modes et les nouveautés, les livres ont eu d'abord un grand effet, et bien des personnes y ont trouvé de grands secours pour leur sanctification ; mais enfin il semble que la mode s'en passe, au moins en ces quartiers : mais quoi qu'il en soit, il me suffit que Dieu en a tiré sa gloire, et le prochain le fruit que la providence en avait déterminé. Il y a fort longtemps que j'ai formé le dessein de faire un abbrégé de la vie, car pour le premier original, il devait être dans toute son étendue, mais les emplois, les affaires, les infirmités et d'autres petits desseins qui sont venus à la traverse, m'ont mis dans l'impuissance d'y travailler, et aujourd'hui je ne sais qu'en espérer, mon âge ne me laissant quasi plus de forces ni de corps ni d'esprit que pour penser au voyage de l'éternité[26].

         Le projet de Dom Claude devait être réalisé au siècle suivant par Pierre de Charlevoix qui publia à Paris, en 1724, en un volume in-8°, La Vie de la Mère Marie de l'Incarnation, institutrice et première supérieure des Ursulines de la Nouvelle France. La biographie du jésuite devait supplanter longtemps celle du bénédictin.

         La Préface de Charlevoix à sa Vie de Marie est révélatrice de la distance prise alors avec l'expérience mystique. L'auteur semble s'excuser d'avoir livré au public la biographie d'une mystique :

Plusieurs s'étonneront sans doute, que l'on ait jamais pu penser à écrire une vie où il entre si peu de ce qu'on cherche en lisant ces sortes d'ouvrages ; car il faut avouer que ces matières spirituelles, et surtout les sublimes voies de l'esprit, ne sont plus guère aujourd'hui de saison. Le seul nom de mysticité effarouche jusqu'à ceux même qui se piquent le plus d'une piété solide : mais je demanderais volontiers si la source de ces grâces purement gratuites dont les ouvrages des Pères, et les historiens des premiers siècles nous fournissent tant d'exemples, est absolument tarie ? Depuis quand parler d'opérations mystiques, de voix intérieures, d'effusions divines dans une âme innocente et fidèle, c'est parler dans l'Église un langage étranger, pour ne rien dire de plus[27].

         La vie intérieure de Marie de l'Incarnation est donnée comme un modèle d'édification, plus comme le « témoignage de la libéralité de Dieu[28] » que comme une expérience mystique présentée pour elle-même. La Préface du Père de Charlevoix traduit parfaitement le glissement qui s'est alors produit d'un mystiquement « dogmatique » ou « métaphysique » à une mystique assurément plus « morale ».

         Les éditions procurées par Dom Claude subirent le contrecoup de la querelle quiétiste. La condamnation du quiétisme en 1699, en s'en prenant à la fausse mystique, atteignit la vraie, et pour longtemps plongea dans l'oubli Marie et ses écrits.

         Une dernière question peut être posée sur les éditions de Dom Claude Martin. Quel écho rencontrèrent-elles au sein même de la congrégation de Saint-Maur, auprès des confrères bénédictins du fils de Marie de l'Incarnation ? Dom Claude destinait la Vie, non seulement aux ursulines, mais aussi aux bénédictins, puisque le libraire insérait à la fin de l'ouvrage, par manière d'annonce publicitaire, une liste de « Livres Français de dévotion à l'usage de l'Ordre[29] ». Dom Jean Mabillon mentionne la Vie et les Lettres dans le « Catalogue des meilleurs livres avec les meilleures éditions, pour composer une Bibliothèque ecclésiastique », imprimé à la fin de son Traité des études monastiques (1691)[30]. Aussi les catalogues des bibliothèques des monastères révèlent la présence des éditions de Dom Claude, comme à Saint-Denis[31], à Bonne-Nouvelle d'Orléans[32], à Saint-Basle[33], dans la Marne, ou encore à Saint-Vincent du Mans[34].

         Les mauristes devaient être, avec les ursulines, les premiers bénéficiaires de l'entreprise éditoriale de Dom Claude Martin. Dans La Vie des Justes, suite de notices biographiques des membres de la congrégation de Saint-Maur, Dom Martène cite l'exemple de Dom Louis Trochon qui avait désapprouvé la publication de la Vie, mais qui ayant un jour ouvert l'ouvrage par distraction, n'avait maintenant pas de « plus grande consolation que le relire[35] ». Un autre indice de la lecture des écrits de Marie par les mauristes est un manuscrit en provenance de l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne qui contient une retranscription « Des divers degrés d'oraison, tirés de la vie de la Mère de l'Incaranation, Ursuline[36] ».

         Rien ne montre mieux l'intérêt spirituel que pouvait susciter la lecture des écrits de Marie de l'Incarnation auprès des bénédictins de Saint-Maur que cette lettre que Dom Claude Martin adressait à l'un de ses confrères, Dom Antoine Texandier, moine de Saint-Jean-d'Angely :

La Mère de l'Incarnation vous est bien obligée et moy aussy de l'estime que vous faites de sa vertu et de ses ouvrages : outre sa vie et ses lettres, il n'y a rien d'imprimé d'elle que le livre de ses retraites et celuy de son catéchisme qui porte le titre d'Ecole Sainte. Je ne vous les envoye pas parce que D. Jean Alamargot m'a assuré qu'ils sont en vôtre monastere, ou le R. P. Prieur ne seroit peut être pas bien aise qu'on les multipliât. Pour les lettres que vous me demandez je ne les ay plus. Après l'edition du livre j'etois sur le point de les faire bruler, dans la pensée qu'avec le temps on les jetteroit parmy les vieux papiers ; mais les Ursulines de Tours me les ont demandées ; je les leur ay toutes envoyées : elles les gardent dans leurs archives.

Pour ce qui vous regarde je ne vois pas que vous ayez rien a faire en l'oraison sinon a vous laisser aller au gré de la grace du S. Esprit, et s'il vous attire par l'oraison du Respir ou du Soupir telle que vous le marquez vous ne devez pas en chercher une autre. Elle est courte, elle est pure, elle est fervente, elle est animée, parce que c'est proprement l'oraison du coeur ou l'entendement et l'imagination ont peu de part. Ainsy quelqu'egarement ou ces deux puissances se laissent aller pourveu qu'il ne soit pas volontaire et qu'il ne vienne pas de negligence il ne prejudicie point a cette oraison qui parmy toutes les distractions tient toujours le coeur pointé du côté de Dieu comme vous pouvez l'experimenter quand vous revenez de vos distractions[37].

Le travail de réédition des bénédictins de Solesmes

         Deux siècles et demi après Dom Claude Martin, le travail d'édition des écrits de Marie de l'Incarnation devait être repris à Solesmes par Dom Albert Jamet qui faisait paraître en 1929 et 1930 les deux premiers volumes des Écrits spirituels et historiques de l'ursuline de Tours et de la fondatrice des ursulines de la Nouvelle France.

         Le travail de Dom Jamet s'inscrit plus largement dans le contexte du renouveau du monachisme bénédictin opéré en France aux XIXe et XXe siècle, lequel entendait redonner toute sa place à la tradition spirituelle et mystique de L'Église, pour laquelle Dom Prosper Guéranger, le restaurateur de Solesmes en 1833/1837, portait un intérêt particulier. Dom Jamet aura lui-même des continuateurs.

         C'est cette large attention portée à la tradition et aux auteurs mystiques, par laquelle s'explique pour l'essentiel l'œuvre de Dom Jamet, qu'il convient de présenter tout d'abord. En effet, bien qu'héritiers des bénédictins de Saint-Maur – héritage ambigu, reçu dans des perspectives nouvelles – rien objectivement n'obligeait cependant les moines de Solesmes à prendre le relais de Dom Claude dans l'entreprise d'édition des écrits de sa mère.

         Dom Guéranger et l'étude de la théologie mystique

         Dom Guéranger portait un vif intérêt à Marie de l'Incarnation, comme en témoigne l'une de ses lettres de 1873 : « J'ai cherché la Vie de Marie de l'Incarnation, pendant plus de trente ans, et ce n'est qu'après ce long espace de temps que j'ai pu la trouver. C'est alors que j'ai pu comparer son style à celui de Dom Claude Martin et me convaincre que, même comme écrivain, la mère est supérieure au fils[38] ». Dès la parution, en 1873, de la biographie de Marie de l'Incarnation écrite par l'abbé François-Pierre Richaudeau, Dom Guéranger la fit lire au réfectoire, aussi bien à l'abbaye Saint-Pierre qu'à l'abbaye Sainte-Cécile[39].

         L'abbé de Solesmes n'appréciait guère la propre production de Dom Claude, qu'il s'agisse de la Conduite pour la retraite du mois ou de la Pratique de la Règle de saint Benoît, comme le montrent ces propos recueillis le 21 avril 1862, lors d'une de ses conversations familières : « Je relis dans ce moment-ci pour les corrections le Speculum monachorum de Louis de Blois. C'est déjà bien loin de s[aint] Benoît. […] Et cependant quelle piété, quelle onction, quel amour de Dieu ! Le St Abbé parle plusieurs fois de l'Église, il recommande de prier pour elle, et c'est le caractère de l'Esprit de Dieu. La vie monastique est une effroyable tentation d'orgueil sans la soumission à l'Église, et sans l'amour de l'Église. Aussi quelle immense distance entre Louis de Blois et D[om] Claude Martin ? Que voulez-vous tirer des exercices de celui-ci ?[40] »

         Dom Guéranger souhaitait que ses moines s'affranchissent des méthodes d'oraison issues de la Devotio moderna et retournent à la source « naturelle » de la prière qu'est la liturgie, célébration du mystère du Verbe incarné, mystère dont il avait fait le fondement de sa spiritualité. À cet égard, il nourrissait un certain nombre de préjugés à l'égard des auteurs modernes dont les écrits pourtant appartiennent à d'authentiques traditions spirituelles, comme Dom Augustin Baker, bénédictin anglais du XVIIe siècle. Il leur préférait Louis de Blois et surtout sainte Gertrude d'Helfta, dont il inséra les œuvres dans son manuel de spiritualité bénédictine, l'Enchiridion benedictinum, publié en 1862. Dans la Préface à sa traduction française des Exercices de saint Gertrude, publiée en 1863, Dom Guéranger disait sa préférence pour « cette forme de spiritualité qui ménage la liberté d’esprit, et produit dans les âmes, sans méthode rigoureuse, les dispositions dont les méthodes modernes n’ont pas toujours le secret. […] Quiconque en fera l’expérience, s’il a pratiqué les auteurs plus récents sur l’ascèse et la mystique, ne tardera pas à sentir cette saveur si différente, cette autorité douce qui ne s’impose pas, mais qui entraîne. Là, rien de cette habileté, de cette stratégie, de cette analyse savante que l’on rencontre ailleurs. […] moins de philosophie, moins de psychologie[41]. » C'est bien la trop grande place, à ses yeux, accordée à l'oraison méthodique au détriment de la spontanéité de l'union de l'âme à Dieu, l'amenuisement, si ce n'est la disparition entière du milieu liturgique essentiel et partant d'une certaine « spiritualité de l'Église », que Dom Guéranger reprochait aux auteurs modernes et à Dom Claude Martin en particulier. Le jugement qu'il portait sur ce dernier est assurément partial. On ne peut le lui reprocher. Il ne connaissait pas, et pour cause, les œuvres du mauriste demeurées manuscrites, comme ses Conférences et son Traité de la contemplation.

         Marie de l'Incarnation, par l'autorité dont l'avait revêtu un Bossuet certainement, mais plus encore par son équilibre, sa sûreté théologique et sa spiritualité christique et trinitaire - la place centrale du mystère du Verbis incarnatio dans son expérience mystique -, impressionnait de toute évidence l'abbé de Solesmes.

         D'ailleurs, Dom Guéranger ne se désintéressait pas de la mystique. Au contraire, il souhaitait que l'Église de son temps reprenne possession des multiples composantes de sa riche Tradition, parmi lesquelles l'expérience mystique des saints. Aussi encourageait-il ses moines à l'étudier. Les Constitutions de 1837 invitent ces derniers à se livrer, les jours fériés, à l'étude de « l'Écriture sainte, de la liturgie ecclésiastique, de l'histoire des saints, ou encore de la théologie ascétique et mystique[42] », pour un profit non seulement intellectuel mais surtout spirituel. Dom Guéranger donna à sa communauté plusieurs conférences sur la théologie mystique et la question du quiétisme[43]. Il devait encourager Dom Louis Paquelin dans ses recherches et ses publications sur sainte Gertrude, sainte Mechtilde de Magdebourg et la « théologie germanique ». Lui-même devait se pencher sur Maria d'Agréda et donner pas moins de vingt-huit articles sur La Cité mystique de Dieu dans le journal L'Univers, de la fin mai 1858 au début novembre 1859. Catherine Emmerich retint également son attention.

         Le travail de Dom Jamet s'inscrit, de manière lointaine mais non moins certaine, dans cette perspective largement ouverte par Dom Guéranger, celle d'une redécouverte de la tradition mystique de l'Église, à une époque où la lecture des mystiques et l'étude de la théologie mystique n'allaient pas de soi.

         Le grand œuvre de Dom Jamet

         Albert Jamet est tourangeau. Il naquit à Vernou, le 6 février 1883[44]. Après des études primaires à l'école de la Maîtrise de la cathédrale de Tours, il entra au petit séminaire qui occupait les bâtiments de l'ancien couvent des Ursulines où Marie avait vécu, les locaux qui abritent aujourd'hui le Conservatoire national de Région. C'est alors qu'il fit la connaissance de Marie de l'Incarnation, grâce à l'un de ses professeurs, l'abbé Eugène J. Durand, qui avait l'habitude de conduire ses élèves dans le grand jardin, à l'Ermitage Saint-Joseph, où Marie aimait à se retirer dans la solitude pour prier[45]. Le professeur leur parlait alors de l'Ursuline. Après être passé au grand séminaire, Albert Jamet rejoignit, en 1905, la communauté de Solesmes, dans son exil à Appuldurcombe, sur l'île de Wight. Un très bon ami de séminaire, Olivier Savaton, le futur Dom Augustin, l'avait précédé de deux ans. Formé à la vie monastique par Dom Jean de Puiniet, son maître des novices, il faisait profession le 15 août 1907. Après son ordination presbytérale, le 24 juin 1909, à Quarr Abbey où la communauté de Solesmes s'était installée, au nord de l'île de Wight, il fut nommé zélateur des novices. L'année suivante, son abbé, Dom Paul Delatte, l'envoyait à l'abbaye Saint-Maurice et Saint-Maur de Clervaux, au Grand-Duché de Luxembourg, pour y exercer la même charge de zélateur. Mais dès février 1912, il était de retour à Quarr.

         C'est à ce moment-là, semble-t-il, que Dom Jamet reprit contact avec Marie de l'Incarnation. Il aperçut un jour dans la cellule de Dom Savaton, alors maître des novices, qu'il avait secondé comme zélateur et qui était son confesseur, les deux gros volumes de la correspondance éditée par l'abbé Richaudeau en 1876-1877, posés sur le bureau. Dom Jamet les ouvrit et les feuilleta. La conversation des deux tourangeaux se porta sur l'Ursuline. Dom Savaton dit son admiration profonde pour Marie. Il n'existait pas d'édition critique ; il serait bon d'y travailler. C'est alors que Dom Savaton aurait invité Dom Jamet à l'entreprendre. Dans sa biographie de Dom Delatte, Dom Savaton ajoute que ce dernier « encouragera aussi beaucoup et conseillera Dom Albert Jamet dans sa publication de la vie et des œuvres de la Vénérable Marie de l'Incarnation […], qui relate ses hautes expériences mystiques dans un style si magnifiquement ferme et lucide[46] ».

         Ce travail sur les écrits de Marie de l'Incarnation n'avait rien d'exceptionnel aux yeux des moines de Solesmes. Dom Guéranger avait ouvert la voie à l'étude de la spiritualité et de la théologie mystique. Solesmes, et plus largement la Congrégation de France, s'étaient lancés dans la réédition des auteurs spirituels, et tout particulièrement des mystiques. Parmi ces travaux de réédition contemporains ou quelque peu antérieurs à l'œuvre de Dom Jamet, il faut citer Dom Émile Assemaine, de l'abbaye Saint-Paul de Wisques, et ses recherches sur l'Imitation de Jésus-Christ ; la traduction française des œuvres de Louis de Blois et de Ruysbroek, entreprise à l'abbaye Saint-Paul d'Oosterhout, sous la direction de Dom Jean de Puniet ; la traduction française de la Scala perfectionis (Tours, 1923) de Walter Hilton par Dom Maurice Noetinger et Dom Ernest Bouvet ; Dom Noetinger donna aussi la traduction d'autres mystiques anglais du XVIe siècle : Le Nuage de l'Inconnaissance (Tours, 1925) et Le Feu de l'Amour (Tours, 1928) de Richard Rolle ; les traductions des Révélations (Tours, 1927) de Julienne de Norwich par Dom Gabriel Meunier, de l'abbaye Saint-Michel de Farnborough ; et enfin le remarquable travail d'édition des Secrets sentiers de l'Amour divin (Paris, 1932) de Constantin de Barbanson, réalisé par Dom Paul Ringeval, travail déjà préparé par Dom Noetinger.

         L'œuvre de Dom Jamet allait s'inscrir à l'intérieur de cette production dont le but était la redécouverte de la tradition mystique chrétienne. Cette large entreprise éditoriale était encouragée et souvent secondée par Dom Delatte lui-même. Ce dernier s'intéressait tout particulièrement à l'expérience mystique des saints, qu'il ne regardait pas comme quelque chose d'« extraordinaire, mais seulement comme trop rare », puisqu'il s'agit pour lui tout simplement du « développement complet des richesses surnaturelles de l'âme baptisée[47] ». À la suite de Dom Guéranger, mais aussi de Mère Cécile Bruyère avec son livre La Vie spirituelle et l'oraison (1887/1899), Dom Delatte a contribué grandement au renouveau à la fois théologique et spirituel, à la redécouverte notamment de la tradition mystique de l'Église, à la charnière des XIXe et XXe siècles. La réédition des œuvres de Marie de l'Incarnation par Dom Jamet y a participé pour une grande part. Elle appartient entièrement à cette redécouverte.

         Dom Jamet ne se lança pas tout de suite dans l'immense travail. Il se contenta dans un premier temps d'approfondir ses connaissances sur Marie, réunissant de nombreuses notes qui devaient lui servir par la suite. En outre, la charge de lecteur de théologie dogmatique qu'il exerça alors auprès des jeunes moines étudiants lui permit d'acquérir une remarquable compétence théologique qui devait aussi lui être d'un grand secours.

         Dom Jamet se mit vraiment à la tâche vers 1922. Le cardinal Charost, archevêque de Rennes, rendit un jour visite à la communauté de Solesmes qui venait de rentrer d'exil. Celui-ci était un grand admirateur de Marie de l'Incarnation qu'il regardait comme la « première mystique française ». Il dit au nouvel abbé de Solesmes, Dom Germain Cozien, qui avait succédé à Dom Delatte en 1921, que la préparation et la publication d'une édition critique de ses œuvres devait être entreprise à Solesmes[48]. Dom Jamet en reçut alors officiellement la responsabilité, avec le soutien constant de Dom Cozien. L'édition des écrits de Marie devait entièrement l'occuper, pratiquement jusqu'à la fin de sa vie.

         Après de très nombreuses recherches dans divers fonts d'archives tant en France qu'au Québec – où il fit, à Trois-Rivières, la découverte du fameux manuscrit de la Relation de 1654 -, Dom Jamet était enfin en mesure de sortir le premier tome des Écrits spirituels et historiques, réunissant la Relation autobiographique de 1633 avec ses compléments, quelques lettres ou fragments de lettres contemporaines, des Élévations et le court « Entretien spirituel sur l'Épouse des Cantiques », datant de la période tourangelle. Le tout était précédé d'une longue Introduction générale de près de cent pages.

         Le volume fut achevé d'imprimer en janvier 1929 sur les presses de Desclée de Brouwer, à Bruges, mais l'Avant-Propos porte la date du 30 avril 1928. « De longues tractations avaient précédé l'impression, écrit Dom Oury, car l'auteur avait fait en sorte que son travail fût l'édition officielle des Ursulines du Vieux monastère de Québec et celle des Ursulines de l'Union Romaine. Les deux maisons d'édition mentionnées sur la page de titre étaient Desclée de Brouwer à Paris et l'Action Sociale à Québec, mais il s'agissait en fait d'une édition à titre d'auteur, réalisée grâce à une souscription, de sorte que Dom Jamet garda le contrôle personnel de la fabrication du livre. Le copyright de Desclée de Brouwer n'est qu'une fiction[49]. »

         Dom Jamet voulut faire une œuvre belle et durable, qui soit un digne monument à la mémoire de Marie de l'Incarnation. Le moindre détail du premier volume, tiré à 2600 exemplaires, fut décidé par lui. Il choisit lui-même le papier et les caractères. Les dessins à la plume, les bandeaux, les lettres ornées et les culs de lampe, toutes illustrations exécutées pour l'ouvrage, ont été réalisés par Dom François Cocheril[50], un jeune moine artiste de Solesmes. Cette édition de luxe - rare à l'époque pour un auteur spirituel - est un véritable chef-d'œuvre de typographie. Les volumes suivants allaient faire l'objet du même soin.

         Le tome deuxième des Écrits spirituels et historiques, prêt dès le printemps 1929, fut achevé d'imprimer en décembre de la même année et parut en janvier avec le millésime de 1930. Il contient les Relations d'oraisons des retraites que Marie de l'Incarnation avait faites au cours des années 1634-1636, puis la Relation de 1654 avec ses Éclaircissements.

         Les deux premiers volumes furent bien accueillis par la critique[51], notamment par Henri Bremond qui en félicita l'auteur. Dom Jamet avait bénéficié de l'expérience des rééditions, déjà achevées ou encore en cours, des écrivains spirituels, comme la grande édition d'Annecy des Œuvres de Saint François de Sales (1892-1932), dont la présentation est assez proche de celle des écrits de Marie.

         Dans l'Introduction générale, Dom Jamet exposait le plan d'ensemble de son travail de publication :

À nous en tenir aux documents que nous possédons déjà et aux quelques pièces qui sont venues dernièrement s'y ajouter, la réédition des oeuvres de Marie de l'Incarnation comprendra six volumes de textes.

Les écrits de la Vénérable Ursuline se partagent d'eux-mêmes en trois catégories : a) les écrits spirituels proprement dits, autobiographies, relations de conscience... etc., - b) les lettres, presque toutes adressées de Québec en France ; - c) un manuel de pédagogie religieuse, recueil d'instructions sur la doctrine chrétienne. Des six volumes de la présente réédition, deux seront réservés au premier groupe, trois au second et un au troisième[52].

         C'est à Québec même que Dom Jamet termina la préparation du premier volume de la correspondance – le tome troisième des Écrits spirituels et historiques -, achevé en juin 1934 et publié en janvier de l'année suivante. Ce volume de Lettres couvre les années 1635-1644. Il faudra ensuite attendre l'automne 1938 pour que soit achevé le deuxième volume de la correspondance, des années 1644-1652. Ce tome quatrième parut en avril 1939. Il restait vingt années de correspondance à publier et au lieu des trois volumes de Lettres prévus, il en faudrait au moins quatre. Mais le travail s'arrêta là. Les cinquième et sixième tomes du projet initial ne furent pas pareillement publiés, pas plus qu'un septième, consacré à une « vie nouvelle de Marie de l'Incarnation ».

         Pour mener à bien son travail d'édition, Dom Jamet avait accompli plusieurs séjours plus ou moins prolongés au Canada. Il avait fini par demander à son abbé de se fixer pour un temps à Québec où il était arrivé au printemps de 1933. Il ne devait plus le quitter. Un changement important était intervenu dans sa vie. Une fondation de moniales de la Congrégation de France avait été implantée sur les bords du Lac des Deux-Montagnes, à Saint-Eustache, au début de l'année 1937. Dom Jamet s'y installa pour exercer auprès des moniales les fonctions de chapelain. Bientôt le déclenchement de la guerre lui interdit de repasser en France.

         Mais ce n'est pas uniquement le conflit mondial qui, empêchant les communications avec l'Europe, allait interrompre le travail de Dom Jamet. Ce dernier avait ouvert d'autres chantiers : la publication des Annales de l'Hôtel-Dieu de Québec (Montréal, 1939, un superbe volume in-folio) et la rédaction d'une nouvelle biographie de Marguerite Bourgeoys (Montréal, 1942, 2 vol.). En outre, la santé de Dom Jamet se détériora considérablement en 1942-1943, réduisant sa capacité de travail. Il devait mourir à l'Hôtel-Dieu de Québec, le 24 août 1948, à l'âge de soixante-cinq ans.

         L'œuvre de Dom Jamet demeure irremplaçable. Plus encore que le superbe travail de l'éditeur, on demeure frappé par la richesse des annotations du théologien. Ce dernier avait acquis une vaste et très sûre connaissance des voies de Dieu dans l'âme, de la tradition spirituelle et mystique chrétienne.

         En marge de la collection des Écrits spirituels et historiques, Dom Jamet publia à Paris, chez Beauchesne, en 1932, sous le titre Le Témoignage de Marie de l'Incarnation, un ouvrage composé uniquement d'extraits des écrits de Marie et qui forme une autobiographie composite mais complète, s'étendant sur toute sa vie. C'est à travers ce volume à la présentation et à la typographie elles aussi très soignées, et tiré à 17000 exemplaires, que Marie de l'Incarnation s'est fait connaître à un large public. Beaucoup ont découvert ses écrits sous cette forme, tel le grand théologien suisse Charles Journet.

         Dom Jamet y joignit une précieuse préface où se révèle le regard qu'il portait sur Marie de l'Incarnation. Il laisse aller sa plume à de longs et profonds développements sur le discours mystique et l'expérience, le « témoignage », des mystiques :

Les grands contemplatifs sont de la lignée de l'apôtre saint Jean. La rencontre ineffable de Dieu a illuminé leur vie. Les écrits, mémoires, lettres, relations, où ils ont […] recueilli le souvenir de cette rencontre et décrit la transfiguration de leur âme qui en fut la suite, sont la reprise humaine du témoignage le plus considérable et le plus impressionnant qui ait jamais été porté devant les hommes : La Vie éternelle qui était dans le sein du Père est venue en ce monde. À leur tour, après l'auteur inspiré, ils nous ont manifesté ce qu'ils ont entendu, vu et touché, ce qu'ils ont expérimenté en un mot, non plus dans leurs sens de chair, - car ils sont venus après l'Ascension, - mais dans leurs puissances immatérielles et dans le fond de leur âme, du Verbe de vie[53].

         Dom Jamet insiste sur le fait que la vie mystique ne doit pas être réduite aux « états mystiques » extraordinaires et de ce fait toujours susceptibles d'illusion et de déviation. Elle est tout au contraire le développement plénier de la grâce sanctifiante, par l'exercice habituel des vertus infuses, surtout théologales, et des dons du Saint-Esprit, reçus au baptême et communs à tous les baptisés :

La vie mystique n'est que la vie chrétienne parfaite. En elle, dans l'union expérimentale qu'elle procure avec les trois divines Personnes, s'épanouit enfin la grâce première du baptême : la grâce de notre adoption filiale. Et c'est d'une telle réalisation que, pour l'avoir éprouvée, les mystiques nous donnent l'assurance[54].

          La vie mystique est l'entière croissance dans les âmes des prémices de l'Esprit. Elle est surtout le fait des dons du Saint-Esprit qui, par leur inspiration, secondent les vertus infuses. Sa finalité est d'atteindre la plénitude de la vie surnaturelle et d'arriver ainsi à la stature parfaite du Christ :

L'Esprit Saint fait-il autre chose dans les mystiques que de remplir le programme divin sur toute âme ? Il les unit aux états fondamentaux du Christ, à sa mort, à sa résurrection, à son ascension, à sa vie céleste ; il les assimile au Fils, le formant en eux jusqu'à la mesure de sa stature parfaite, leur apprenant dans l'intime du cœur, sa prière à son Père et la prononçant avec lui et avec eux : Abba Père ! Il fait de leurs âmes l'habitacle vivant et conscient de la Trinité. En un mot, son onction leur enseigne la réalité de leur filiation et leur en fait goûter la saveur. Mais qu'est cela, sinon l'accomplissement de tous les effets du baptême dont parle saint Paul et de cette inhabitation de Dieu dans les âmes qui est promise en saint Jean ? La Charité a été répandue dans nos cœurs[55].

         L'Esprit Saint est bien l'agent principal de l'expérience mystique. C'est lui aussi qui introduit l'âme à la communion trinitaire, comme l'explique Dom Jamet dans un très beau passage de sa Préface où transparaît ce que Marie de l'Incarnation a pu vivre elle-même :

Que cette Charité, qui est une Personne divine, après s'être, plus ou moins longtemps, pliée aux conditions de l'exercice de la volonté humaine, après avoir pris son mode d'agir ; qu'après avoir été le moteur silencieux, imperceptible, de son activité, ayant enfin trouvé le champ libre ou ayant elle-même écarté tous les obstacles, manifeste d'une façon distincte les richesses de son énergie ; qu'elle triomphe de la volonté humaine et s'en empare pour se la subordonner ; qu'elle la réduise en passivité pour la faire opérer à son gré ; qu'elle l'agisse, comme dit saint Paul, n'est-ce pas là le développement régulier d'une présence nécessairement et souverainement agissante, puisqu'en Dieu l'acte s'identifie avec l'être. Mais n'est-il pas normal aussi que, sous l'action de ce feu qui couvait en elle et dont la flamme vient soudain à jaillir, l'âme s'embrase ; que, sous la pénétration de l'onction spirituelle qui la remplit, elle soit initiée, par l'amour plus encore que par l'entendement, à la connaissance intime du Père et du Fils et qu'elle expérimente ses affinités particulières avec chacune des Personnes divines ; enfin, que le toucher de la lumière déifique l'ayant tout d'un coup tirée de sa demi-conscience, elle s'éveille au spectacle de la vie divine dont elle est le sanctuaire, qu'elle se sente emportée et précipitée dans le mouvement de ses processions éternelles et qu'elle entre dans la joie de son Dieu ? L'expérience mystique, à la bien prendre, ne nous dit pas autre chose[56].

         L'expérience des mystiques est donc un « témoignage », une invitation :

Car, si leur expérience, en plus de ce qu'elle signifie pour eux de sainteté, de gloire et de béatitude, a un sens pour nous, c'est qu'elle nous donne le goût des dons qui constituent et achèvent la vie chrétienne et qu'elle nous invite à les désirer de toute l'ardeur de notre âme. Comme l'apôtre saint Jean, s'ils nous annoncent ce qu'ils ont vu, entendu et touché du Verbe de vie, c'est afin que nous entrions en société avec eux, - avec eux, dont la société est avec le Père et avec son Fils bien-aimé, Jésus-Christ, et avec leur lien substantiel, le Saint-Esprit[57].

         La Préface de Dom Jamet au Témoignage livre un écho différent de celui que l'on trouvait dans la Préface de Pierre de Charlevoix à sa Vie de Marie de l'Incarnaion, publiée deux siècles plutôt. La nouvelle édition des écrits de l'Ursuline intervient dans un autre contexte, celui du renouveau à la fois théologique et spirituel de l'entre-deux-guerres, qui s'accompagne d'un mouvement de réhabilitation de la mystique, illustré, entre autres, par l'apport doctrinal du dominicain Réginald Garrigou-Lagrange et son maître livre Perfection chrétienne et contemplation (1923), ou encore par l'édition, en 1930, de la traduction française par Raïssa Maritain du Traité des dons du Saint-Esprit de Jean de Saint-Thomas ; renouveau qui, à Solesmes même, avons-nous déjà dit, avait trouvé des précurseurs en la personne de Dom Guéranger et surtout de Mère Cécile Bruyère et de Dom Delatte. Le travail d'édition de Dom Jamet arrivait après la controverse qui avait opposé les dominicains, via la revue La Vie spirituelle (1919), partisans, avec la tradition carmélitaine en plein renouveau, de la contemplation infuse comme grâce offerte à tous les baptisés, et les jésuites de Toulouse, via la Revue d'ascétique et de mystique (1920), qui s'en tenaient à une contemplation acquise par la méditation et les exercices spirituels. La controverse avait pris fin avec la canonisation de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, en 1925, puis la proclamation de saint Jean de la Croix comme docteur de l'Église, l'année suivante.

         Les écrits de Marie de l'Incarnation pouvaient illustrer parfaitement cette vision juste de la vie mystique « ordinaire », comme épanouissement contemplatif « normal » de la vie de la grâce chez tous les baptisés. Au mouvement contemporain de revalorisation de la contemplation mystique dans la vie chrétienne ordinaire, Marie apportait le « témoignage », « concret inscrit dans la trame d'une vie humaine », de sa propre vie intérieure, qui pourrait se définir, selon Dom Jamet, comme « une consommation dans la Trinité, par l'union d'esprit à esprit au Verbe Incarné, sous la conduite obéie du Saint-Esprit[58] ».

         C'est certainement cette dimension aussi nettement christique et trinitaire de l'expérience mystique de Marie de l'Incarnation qui aura impressionné un Charles Journet. Mais aussi la « vie mixte » de l'Ursuline contemplative et missionnaire. Le théologien de L'Église du Verbe Incarné (1941, 1951, 1969) ne pouvait pas non plus être insensible à la vocation apostolique de Marie et au mode nuptial de sa relation à la personne du Verbe incarné, lesquels en laissant « entrevoir quelque chose des merveilleux effets que la grâce christique opère au plus profond du cœur de l'Église[59] », disent quelque chose de son mystère et la font advenir dans l'histoire.

         Les continuateurs de Dom Jamet

         Pour remplacer Dom Jamet dans sa charge de chapelain des moniales de Sainte-Marie des Deux-Montagnes, l'abbé de Solesmes, Dom Cozien, obtint l'envoi du prieur de Wisques, Dom Emmanuel Flicoteaux, qui était capable de poursuivre l'entreprise d'édition des écrits de Marie de l'Incarnation. Mais celui-ci était déjà âgé et il n'eut pas le courage ni surtout le goût de s'investir dans un nouveau travail, différent de celui qu'il avait mené jusque-là sur la liturgie. Dom Cozien pensa un moment à Dom Jacques Froger, moine de Solesmes. C'est un autre moine de Solesmes, Dom Antoine des Mazis, qui fut nommé chapelain de Sainte-Marie, à la mort de Dom Flicoteaux en 1956. Bon historien, celui-ci pouvait conduire à son terme l'œuvre de Dom Jamet. Mais rien n'avait été fait lorsqu'en 1960 Dom des Mazis quitta le Québec pour Rome où il devait exercer la charge de procureur de la congrégation de Solesmes.

         Au cours de son premier voyage au Canada, en mai 1960, le nouvel abbé de Solesmes, Dom Jean Prou, reçut la visite du Père Émile Gervais, jésuite, qui, mandaté par le Comité des Fondateurs de l'Église du Canada, lui demanda que le travail de publication des œuvres de Marie de l'Incarnation soit repris par Solesmes sinon qu'il consentît à ce qu'il soit confié à des historiens canadiens. Il fut alors décidé qu'une petite équipe de moniales de Sainte-Marie poursuivrait l'entreprise éditoriale de Dom Jamet, sous la direction de Mère Martina Monette, avec la collaboration de l'historien jésuite, Lucien Campeau, et aidé en France par deux moines de Solesmes, Dom Jacques Hourlier et Dom Guy-Marie Oury.

         En 1966, l'entreprise fut entièrement confiée à Dom Oury. Tourangeau luiaussi, Dom Oury devait fournir un travail considérable sur Marie de l'Incarnation, mais aussi, plus largement, sur les origines de l'Église au Canada ; labeur incessant qu'il mena jusqu'à sa mort survenue en l'an 2000[60]. Dès 1971, ce dernier faisait paraître aux Éditions de Solesmes, avec une préface du Cardinal Journet, la Correspondance de l'Ursuline. Dom Oury a présenté lui-même ce travail remarquable de plus de mille pages de lettres et de notes :

À l'aide du travail inachevé de Dom Jamet et de Mère Martina Monette, fut donc préparée l'édition non pas des seuls volumes manquant pour les Lettres de 1652 à 1672, mais de l'ensemble de la correspondance, en un seul volume, pourvue d'un apparat critique lorsque l'on possédait deux versions de la même lettre ou de citations de lettres […]. La nouvelle édition a introduit systématiquement, en effet, toutes les variantes textuelles des éditions parallèles de Dom Claude Martin, tandis qu'elle rétablissait l'orthographe originale des textes autographes ou des copies faites sur les autographes. L'annotation abondante de Dom Jamet n'est pas reproduite pour la matière empruntée aux deux premiers volumes des Lettres ; mais une bibliographie développée s'efforce d'y suppléer, de manière à guider le chercheur. Enfin des tables ont été introduites[61].

         L'ensemble des Lettres publié, il restait à remplir une autre partie du programme de Dom Jamet : la rédaction d'une biographie critique de Marie de l'Incarnation. Cette dernière, rédigée également par Dom Oury, sortit en 1973, sous les auspices de la Société archéologique de Touraine dont elle constitue les tomes 58 et 59 de ses Mémoires. Les Éditions de Solesmes étudiaient aussi le moyen de réimprimer la Vie de 1677 par Dom Claude Martin. Dom Jacques Lonsagne, encore un moine de Solesmes, désigné dès 1966 pour s'occuper de la réédition des écrits proprement spirituels, avait donné les principes de l'établissement d'un texte critique de la Relation de 1654[62]. Il travailla à la présentation de l'ouvrage de Dom Claude, tandis que Dom Oury établit les tables de concordance. La Vie fut rééditée en 1981 sous la forme d'un reprint complété par des additions. Enfin, les Constitutions et Règlements des premières Ursulines de Québec, de 1647, auxquels Marie de l'Incarnation avait travaillé personnellement, en collaboration avec le Père Jérôme Lalemant et d'autres sœurs, firent l'objet d'une édition soigneusement préparée par Sœur Gabrielle Lapointe et publiée en 1974 par les Ursulines de Québec, sous la forme d'un livre multigraphié.

         Avec la réimpression en 1981 de la Vie par Dom Claude Martin, s'achevait l'entreprise éditoriale commencée courageusement par Dom Jamet en 1929, et poursuivie après sa mort prématurée, malgré une interruption involontaire de douze années (1948-1960). La réédition des écrits de Marie de l'Incarnation avait demandé un bon demi-siècle et avait été l'œuvre quasi exclusive de moines de Solesmes qui l'avait portée souvent à bout de bras, mais constamment avec l'aide toujours efficace des Ursulines du Vieux Monastère de Québec et de celles de l'Union Romaine. Elle a abouti à la création d'une série d'ouvrages qui certes ne présente pas la belle unité des quatre volumes initiaux publiés par Dom Jamet de 1929 à 1939, mais qui offre l'ensemble de l'œuvre de Marie, à l'exception cependant de l'École sainte qui devait pourtant former le sixième volume de la collection telle qu'elle avait été projetée par Dom Jamet : un manuel de pédagogie religieuse. Longtemps, il n'a pas semblé utile de rééditer le Catéchisme de Marie de l'Incarnation, l'édition de l'abbé Richaudeau de 1876 ayant été depuis réimprimée plusieurs fois. Mais Dom Oury aurait souhaité que l'École sainte puisse au moins faire l'objet d'un reprint « avec une introduction, afin de fournir à tous les chercheurs l'accès à la totalité de l'œuvre et de la pensée de Marie Guyart[63] ». Le travail n'est donc pas entièrement terminé. Le Catéchisme de Marie pourra être reproduit sous format PDF sur CD-ROM, comme c'est déjà le cas pour plusieurs de ses écrits[64].

*

         À la fin de sa Préface au tome Ier des Écrits spirituels et historiques, Dom Jamet se plaisait à dire que la réédition des œuvres de Marie Guyart était aussi un « hommage de la Congrégation bénédictine de France, héritière et continuatrice de la Congrégation de Saint-Maur, à laquelle, dans la personne de son fils, Dom Claude Martin, Marie de l'Incarnation a donné l'un de ses plus grands moines[65] ». Rien n'obligeait cependant les moines de Solesmes, pourtant héritiers de Saint-Maur, à prendre le relais de Dom Claude et de poursuivre son entreprise éditoriale. Il aura fallu tout le travail de réévaluation de la tradition mystique, initié par Dom Guéranger et continué par ses successeurs, notamment par le troisième abbé de Solesmes, Dom Delatte, - qui semble avoir joué ici un rôle déterminant -, pour que Dom Jamet se lance dans le grand œuvre.

         Les publications des écrits de sa mère par Dom Claude, entre les années 1677-1684, devaient subir le contrecoup de la condamnation du quiétisme en 1699 et de ce que Louis Cognet a appelé Le Crépuscule des mystiques (1958) selon le titre d'un livre célèbre ; du moins du passage d'une mystique « dogmatique », ou « métaphysique », à une mystique assurément plus « morale ». La reprise du travail d'édition par Dom Jamet, à partir de 1929, devait accompagner la réhabilitation de la grande tradition mystique de l'Église qui s'opéra entre les deux guerres mondiales. L'histoire de l'édition des œuvres de Marie de l'Incarnation offre, à deux siècles et demi de distance, un raccourci saisissant du mouvement de flux et de reflux du mysticisme en occident.

         Le regard que Dom Claude Martin et ses successeurs, les bénédictins de Solesmes, portaient sur Marie de l'Incarnation est en définitive celui du théologien des voies de Dieu dans l'âme, mais aussi - ce qui est plus difficilement repérable – celui du praticien de la vie intérieure. C'est bien ce regard premier que révèlent la personnalité et les écrits de Marie Guyart - le regard que Marie d'ailleurs posait sur elle-même -, celui du « témoignage » de la « privauté […] d'un Dieu d'amour[66] ».



[1]    L'expression est du très regretté Dom Guy-Marie Oury, « La réédition des oeuvres de Marie de l'Incarnation. Une généalogie de chercheurs », Laval théologique et philosophique, t. 53, 1997, p. 275-284.

[2]    Voir en particulier Dom Guy-Marie Oury, « Sources et réédition des œuvres de Marie de l'Incarnation », dans Marie Guyard de l'Incarnation. Un destin transocéanique (Tours, 1599-Québec, 1672), dir. Françoise Deroy-Pineau, Paris/Montréal, L'Harmattan, 2000, p. 37-45.

[3]    « Difficilement classable » est le jugement émis sur Marie de l'Incarnation par Charles André Bernard, Le Dieu des mystiques, Paris, Les Éditions du Cerf, T. I, 1994, p. 10-11. Ce jugement est capital pour « situer » théologiquement l'expérience mystique de Marie.

[4]    Dom René-Prosper Tassin, dans son Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, Bruxelles/Paris, Humblot, 1770, p. 175-176. Dans sa refonte de l'œuvre de Tassin, Philippe Lenain, Histoire littéraire des bénédictins de Saint-Maur, Bruxelles, Éditions Nauwelaerts, T. I (Bibliothèque de la Revue d'Histoire Ecclésiastique, 88), 2006, p. 385, n'a pas apporté les corrections qui s'imposaient.

[5]    Dom Guy-Marie Oury a consacré un chapitre aux éditions des œuvres de Marie de l'Incarnation dans Dom Claude Martin. Le fils de Marie de l'Incarnation, Solesmes, Éditions de Solesmes, 1983, p. 175-197.

[6]    La Règle du B. Père S. Benoît. Avec les Déclarations sur icelle, pour la Congrégation de Saint-Maur, s. l., 1701, Déclarations sur le ch. XLVIII, n° 12, p. 230.

[7]    Québec, Archives du Monastère des Ursulines ; éd. Dom G. Oury dans Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. 35, 1967-1969, p. 256-257.

[8]    Dom Claude Martin, La Vie de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, première supérieure des Ursulines de la Nouvelle France. Tirée de ses Lettres et de ses Écrits, Paris, Louis Billaine, 1677, Préface, [p. 15-16].

[9]    Ibid., Préface, [p. 15].

[10]  Voir Dom Thierry Barbeau, « Port-Royal et le mysticisme : une controverse sur la prière entre Pierre Nicole et dom Claude Martin », dans L’Ordre de Saint-Benoît et Port-Royal (= Chroniques de Port-Royal, t. 52), Paris, Bibliothèque Mazarine, 2003, p. 177-194.

[11]  Retraites de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, religieuse ursuline. Avec une Exposition succeinte du Cantique des cantiques, Paris, Veuve louis Billaine, 1682, Préface, [p. 11-13].

[12]  C'est dans ses Justifications, que Mme Guyon cite Marie de l'Incarnation d'après la Vie, l. III, ch. IV : Les Justifications de Mad. J. M. B. de la Mothe Guion …, Cologne, Jean de la Pierre, 1720, T. I, art. XXXII, Autorités n° 12, p. 383-384. Elle renvoie aussi à l'Addition de Dom Claude Martin à ce même chapitre et au ch. V.

[13]  Voir Benedetta Papàsogli, « Passions et mémoire : la Science du cœur de François Lamy », dans Réflexions sur le genre moraliste au XVIIe siècle, études réunies par Karolyn Waterson (= Dalhousie French Studies, t. 27), 1994, p. 81-94.

[14]  Voir Jean Orcibal, « La spiritualité de dom Gabriel Gerberon, champion de Jansénuis et de Fénelon », dans Mémorial du XIVe centenaire de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés (= Revue d’Histoire de l’Église de France, t. 43, 1957), Paris, J. Vrin, 1959, p. 151-222.

[15]  L'École sainte ou Explication familière des Mystères de la Foi. Pour toutes sortes de personnes qui sont obligées d'enseigner la Doctrine chrétienne, Paris, Jean-Baptiste Coignard, 1684, Préface, [p. 25-26].

[16]  Ibid., Préface, [p. 27].

[17]  Louis Moréri, Le Grand dictionnaire historique …, Bâle, Jean-Louis Brandmuller, 1740, T. V, p. 136.

[18]  Dom Edmond Martène, La Vie du vénérable Père Dom Claude Martin, religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, Tours, Philbert Masson, 1697, p. 126. Dom Martène retranscrit ensuite l'Approbation de Mgr de Laval qui n'était pas parvenue à temps pour être imprimée en tête de l'ouvrage.

[19]  Paris, BnF, ms fr. 12877 : Dom Edmond Martène, Histoire de Marmoutier, f° 1076, passage non reproduit dans l'édition de C. Chevalier donnée à Tours chez Guilland-Verger et Georget-Joubert en 1874.

[20]  Dom Cl. Martin, La Vie de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, op. cit., p. 131.

[21]  Lettre de Bossuet à Mme Cornuau du 1er juin 1695 ; éd. Ch. Urbain et E. Levesque, Correspondance de Bossuet, Paris, Librairie Hachette et Cie, T. VII, 1913, p. 114-117.

[22]  Jacques Bénigne Bossuet, Instruction sur les états d'oraison, où sont exposées les erreurs des faux mystiques de nos jours, Paris, Jean Anisson, 1697, l. IX, n° III, p. 343.

[23]  Lettre de Bossuet à Mme de La Maisonfort du 1er mai 1700 ; éd. Correspondance de Bossuet, op. cit., T. XII, 1920, p. 187-197.

[24]  Paris, Archives de Saint-Sulpice, fonds Fénelon, pièces 6148-6190.

[25]  Paris, Archives de Saint-Sulpice, fonds Fénelon, ms 2038, f° 78-98 ; éd. P. Dudon, « Lettre autographe et inédite de Fénelon à Bossuet sur le sacrifice absolu du salut », Revue d'ascétique et de mystique, t. 18, 1937, p. 65-88, ici p. 71. Voir aussi Lettre de Fénelon à l'abbé Gabriel de La Cropte de Chantérac du 30 mai 1698, éd. J. Orcibal, J. Le brun et I. Noye, Correspondance de Fénelon, Genève-Paris, Librairie Droz, T. VI, 1987, p. 406-409.

[26]  Solesmes, Bibliothèque de l'abbaye Saint-Pierre, ms 203 : Lettre de Dom Claude Martin au père François de Crespieul du 25 avril 1696 ; éd. La Vie tourangelle de Marie de l'Incarnation, s. l., 1964, p. 40-41.

[27]  [Pierre François Xavier de Charlevoix], La Vie de la Mère Marie de l'Incarnation, institutrice et première supérieure des Ursulines de la Nouvelle France, Paris, Ant. Claude Briasson, 1724, Préface, p. XI-XII.

[28]  Dom Cl. Martin, La Vie de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, op. cit., Préface, [p. 8].

[29]  Ibid., p. 757.

[30]  Dom Jean Mabillon, Traité des études monastiques, Paris, Charles Robustel, 1691, p. 455.

[31]  Voir Claude Jolly, « Les collections imprimées de la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Denis sous l’Ancien Régime », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 145, 1987, p. 163-191 ; ici p. 174.

[32]  Voir Daniel-Odon Hurel, « Les mauristes de Bonne-Nouvelle d’Orléans et leur bibliothèque au XVIIIe siècle », Revue d’histoire de l’Église de France, t. 83, 1997, p. 179-201 ; ici p. 184.

[33]  Damien Blanchard, « Les livres imprimés de l’abbaye de Saint-Basle à la fin de l’Ancien Régime », Revue Mabillon, n. s., t. 12 (= t. 73), 2001, p. 271-291, ici p. 282.

[34]  Le Mans, Médiathèque Louis Aragon, ms C 443 A : Bibliotheca San Vincentiana dive catalogus librorum Abbatiae Sancti Vincentii Cenomanensis, T. I, p. 438.

[35]  Dom Edmond Martène, La Vie des Justes, éd. Dom B. Heurtebize, Ligugé/Paris, Abbaye Saint-Martin/Librairie Augustin Picard, T. II (coll. Archives de la France monastique, 28), 1925, p. 161-162.

[36]  Paris, BnF, ms fr. 24802, f° 69-94.

[37]  Paris, BnF, ms fr. 15793, f° 64v-65 : Lettre de Dom Claude Martin à Dom Antoine Texandier du 2 décembre 1686 ; éd. Dom Ph. Schmitz, « Lettres inédites de Dom Claude Martin sur l'oraison », Revue d'ascétique et de mystique, t. 13, 1932, p. 159.

[38]  Cet extrait de la correspondance de Dom Guéranger est cité par Dom Albert Jamet, Marie de l'Incarnation. Écrits spirituels et historiques, Paris/Québec, Desclée-De Brouwer et Cie/L'Action Sociale, T. I, 1929, p. 53-54. Voir aussi la Lettre liminaire de Dom Germain Cozien, abbé de Solesmes, du 15 décembre 1926, à la Conférence donnée par Dom Jamet, à Québec, le 19 octobre 1926 : Marie de l'Incarnation, la mystique insigne, la grande française, la mère de la patrie, Tours, 1927, p. XX, qui date cette lettre de 1873. Celle-ci n'a malheureusement pas été retrouvée dans les Archives de Solesmes. Ce serait-elle glissée malencontreusement dans les papiers de Dom Jamet ? Dom Cozien s'exprimait ainsi : « Nul ne s'étonnera de voir un moine de Solesmes entreprendre ce travail. Sans doute, Marie de l'Incarnation n'appartient pas à la famille monastique de saint Benoît. […] Mais son fils, Dom Claude Martin, est l'un des moines illustres de la congrégation de Saint-Maur. C'est à sa piété filiale et à son sens de la doctrine que nous devons de connaître encore aujourd'hui quelques-uns des écrits de la sainte Ursuline. Et la Congrégation bénédictine de France [Solesmes] trouve tout naturellement cette œuvre dans l'héritage que lui a légué Saint-Maur (p. XIX-XX) ». Pourtant, encore une fois, cela n'allait pas de soi.

[39]  Renseignement communiqué par Mère Marie des Neiges Jourdain, archiviste de l'Abbaye Sainte-Cécile de Solesmes, que je remercie.

[40]  Solesmes, Archives de l'Abbaye Saint-Pierre : Notes prises aux conférences de Dom Guéranger, Varia Ascetica, vol. II (21 avril 1862), p. 184-186. Voir aussi Lettre de Dom Prosper Guéranger à Dom Paul Jausions du 22 août 1864, dans Archives Dom Guéranger, IV/3, Solesmes, 2005, p. 224.

[41]  Dom Prosper Guéranger, Les Exercices de sainte Gertrude, vierge et abbesse de l’Ordre de Saint-Benoît, Poitiers/Paris, Henri Oudin/V. Palmé, 1863, Préface, p. XXII-XXIV.

[42]  Constitutiones congregationis Gallicae ordinis S. Benedicti a Sancta Sede approbatae cum mutationibus ab eadem Sancta Sede confirmatis, Solesmis, Typographeo Sancti Petri, 1893, ch. III, n° 11, p. 24 ; voir aussi ch. V, n° 19, p. 32.

[43]  Dom Prosper Guéranger, Conférences sur la vie chrétienne (octobre 1872-mai 1874), d'après les notes recueillies par plusieurs moines, Solesmes, Ex Typis Sancti Petri de Solesmis, s. d. [1880] : Dom Guéranger cite le mon de Marie de l'Incarnation, p. 142.

[44]  Voir Dom Guy-Marie Oury, « Dom Albert Jamet, éditeur de Marie de l'Incarnation (1883-1948) » Les Cahiers des Dix, n° 50, 1995, p. 209-234, que nous résumons ici en partie. Voir aussi Mère Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Bibliographie de Dom Albert Jamet, Québec, Edition des Ursulines (texte dactylographié), 1960.

[45]  Voir Mgr Joseph-Louis Beaumier, Le Souvenir de Marie de l'Incarnation à Tours (1639-1979). L'Ermitage Saint-Joseph, Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1979, p. 56-59.

[46]  Dom Augustin Savaton, Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes, Paris, Librairie Plon, 1954, p. 255.

[47]  Cité par Dom A. Savaton, Ibid., p. 256.

[48]  D'après les souvenirs de Dom Jamet recueillis par Jean Houpert et rapportés par Dom G.-M ; Oury, « Dom Albert Jamet, éditeur de Marie de l'Incarnation », art. cit., p. 219.

[49]  Ibid., p. 222.

[50]  Voir Dom Adolphe Le Méhauté, « Dom François Cocheril (1894-1986). L'imagier du Bon Dieu », Lettre aux Amis de Solesmes, n° 49, janvier-mars 1987, p. 12-15.

[51]  Voir principalement les comptes rendus de Joseph de Guibert, jésuite, dans la Revue d'ascétique et de mystique, t. 10, 1929, p. 324-327 ; et t. 11, 1930, p. 196-202.

[52]  Dom A. Jamet, Marie de l'Incarnation. Écrits spirituels et historiques, op. cit., T. I, p. 69-70.

[53]  Dom Albert Jamet, Le Témoignage de Marie de l'Incarnation, Ursuline de Tours et de Québec, Paris, Gabriel Beauchesne éditeur, 1932, Préface, p. IX.

[54]  Ibid., Préface, p. XXIII.

[55]  Ibid., Préface, p. XXIV.

[56]  Ibid., Préface, p. XXIV-XXV.

[57]  Ibid., Préface, p. XXVI.

[58]  Ibid., Préface, p. XVIII et XVII.

[59]  Charles Journet, L'Église du Verbe Incarné, Paris, Desclée de Brouwer, T. II, 1951, p. 315 ; voir plus largement p. 315-316, 330, 336-337 et 374-375. Voir aussi « Trois filles de Dieu », Nova et Vetera, t. 47, 1972, p. 188-213, où, p. 207-213, Journet présente Marie de l'Incarnation à travers de larges extraits de la Correspondance que vennait de publier Dom Guy-Marie Oury.

[60]  Voir Dom Louis Soltner, « Dom Guy Oury (1929-2000) », Revue Mabillon, n. s. t. 12 (= t. 73), 2001, p. 293-295.

[61]  Dom G.-M. Oury, « La réédition des œuvres de Marie de l'Incarnation. Une généalogie de chercheurs », art. cit., p. 283.

[62]  Dom Jacques Lonsagne, « Les Écrits spirituels de Marie de l'Incarnation. Le problème des textes », Revue d'ascétique et de mystique, t. 44, 1968, p ; 161-182.

[63]  Dom G.-M. Oury, « La réédition des œuvres de Marie de l'Incarnation. Une généalogie de chercheurs », art. cit., p. 284.

[64]  La numérisation des écrits de Marie a été entreprise au Monastère des Ursulines de Québec sous la responsabilité de Sœur Rita Michaud. Une réédition du Catéchisme de Marie, même sous format PDF, pourrait s'appuyer sur les travaux en la matière de Monsieur Raymond Brodeur, principalement « Le catéchisme de Marie de l'Incarnation : la Parole qui fait écho », dans Femme, mystique et missionnaire : Marie Guyart de l'Incarnation, actes du colloque de Loretteville du 22 au 25 septembre 1999, dir. Raymond Brodeur, Québec, Les Presses de l'Université Laval, 2001, p. 353-366.

[65]  Dom A. Jamet, Marie de l'Incarnation. Écrits spirituels et historiques, op. cit., T. I, p. 16.

[66]  Ibid., T. II, p. 252.