Association Touraine -Canada

 

Des bords de Loire aux rives du Saint-Laurent

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Allocution de bienvenue

par Dom Jean-Philippe Lemaire, osb,

prieur de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes

           

 

 

En l'absence de notre Père Abbé, Dom Philippe Dupont, j'ai la joie de vous accueillir, en tant que prieur.

 

            J'exprime d'abord ma reconnaissance à l'association Touraine-Canada puisque c'est elle qui a eu l'heureuse idée de venir à Solesmes pour le deuxième volet du colloque « Quatre siècles de regards sur Marie de l'Incarnation ».

            Je dis aussi un sincère merci à Monsieur Raymond Brodeur, directeur du CEMI, sa présence nous est précieuse.

            Enfin je salue tous les participants qui viennent de près ou de loin. Les uns ont traversé la Loire, d'autres l'Atlantique, mais tous ont suivi le penchant de leur cœur, leur amour d'estime pour la Bienheureuse Marie de l'Incarnation.

*

            En quelques mots, j'évoquerai les relations entre Solesmes et l'Amérique Nord.

            Dès 1702, Mgr de Saint-Vallier demandait que les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur viennent en Acadie pour la mission. Mais le Père Général répondit qu'un tel établissement ne convenait pas à une congrégation dont l'esprit est un esprit de retraite.

            Les œuvres de Dieu ont souvent des racines lointaines : en effet ce qui n'avait pu se réaliser au début du XVIIIe siècle vit le jour au début du XXe siècle, quand l'abbaye de Saint-Wandrille fonda, en 1912, le monastère de Saint-Benoît-du-Lac, au Québec. Les moniales suivirent les moines : en 1937, l'abbaye Notre-Dame de Wisques fonda Sainte-Marie des Deux-Montagne, près de Montréal. Dom Jamet en fut le premier chapelain et commença l'étude et l'édition des œuvres de l'Ursuline. En 1981, Sainte-Marie des Deux-Montagnes fonda Westfield au U. S. A. Dom Guy Oury en fut aussi le premier chapelain. Son ardeur intelligente au travail le fit entrer dans le sillon de Dom Jamet et mener à bonne fin la biographie et l'édition des œuvres de Marie de l'Incarnation. Beaucoup d'entre vous furent ses amis. Fidèle en amitié, de là-haut, il accompagne vos recherches et plus particulièrement celui qui, ici-même à Solesmes, a repris le flambeau, Dom Thierry Barbeau.

            Je bénis la Providence pour cette chaine aux maillons vivants qui transmet un héritage spirituel précieux reçu d'un père vénéré, Dom Claude Martin.

*

            J'aimerais aussi vous dire quelques mots d'un ami de Marie de l'Incarnation, le cardinal Charles Journet, auquel Dom Oury a demandé la préface à l'édition de la Correspondance et qui, dans sa revue Nova et Vetera, a brossé un portrait spirituel de Marie de l'Incarnation, en faisant la recension de ce livre[1].

            Théologien de l'Église, le cardinal a publié une « somme » intitulée L'Église du Verbe Incarné. On y trouve plus de vingt cinq citations, souvent longues, de Marie de l'Incarnation. C'était une amie qu'il a fréquentée assidument, comme d'ailleurs sainte Thérèse d'Avila, avec la curiosité du cœur. Permettez-moi cette anecdote que j'ai entendue de sa bouche. Le cardinal a été en pèlerinage à Avila et il a sonné au carmel. Il a demandé à la sœur de la porterie, sans dire qui il était : « Puis-je entrer dans la cellule de sainte Thérèse ? - Non, monsieur l'abbé, elle est en clôture et seuls peuvent entrer en clôture l'évêque de ce diocèse et les cardinaux – Ah, répondit-il, cela tombe bien, je suis cardinal ... » Il put entrer et voir de prêt la cellule de la sainte.

            Quel regard le cardinal Journet portait-il sur Marie de l'Incarnation ? Avant tout le regard intime, intérieur, émerveillé qui naît d'une communion d'âme. Cette communion naissait d'une rencontre dans le mystère de l'Église.

            De l'Église, ils recevaient tous les deux :

            - La foi vivante :

[C'est] une consolation indicible à l'âme […] lorsqu'elle sait que tout ce qui s'est passé en elle est dans la foi de l'Église de qui elle tient son souverain bonheur d'être fille, elle possède une grande paix[2].

            - Une charité ardente :

Un amour toujours plus grand pour tout ce qui se fait et pratique dans l'Église de Dieu, en laquelle l'on ne voit que pureté et sainteté ; une entière pente à se laisser conduire et à soumettre son jugement à ceux qui tiennent la place de Dieu[3].

            - L'esprit apostolique qui jaillit de la source de la vie mystique. Le cardinal Journet a fait sienne cette courte prière de l'Ursuline missionnaire : « Je postule pour les intérêts de mon Époux[4] ».

            Évoquant l'activité dynamique de la bienheureuse, Journet conclue «  « Elle fera toutes ces choses comme en somnambule de l'amour[5] ».



[1]             Charles Journet, « Trois filles de Dieu », Nova et Vetera, t. 47, 1972, p. 188-213, ici p. 207-213.

[2]             Dom Albert Jamet, Marie de l'Incarnation. Écrits spirituels et historiques, Paris/Québec, Desclée-De Brouwer et Cie/L'Action Sociale, T. II, 1930, p. 238 ; cité par Charles Journet, dans L'Église du Verbe Incarné, Éditions Saint-Augustin, T. V : Compléments et inédits, 2005, p. 173, note 196.

[3]             Idid., p. 466 ; Ibid., p. 268.

[4]             Idid., p. 311 ; Ibid., p. 590.

[5]             Marie de l'Incarnation. Correspondance, éd. Dom Guy Oury, Solesmes, Éditions de Solesmes, 1971, Préface du Cardinal Charles Journet, p. VI.