Association Touraine -Canada

 

Des bords de Loire aux rives du Saint-Laurent

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Regard laïc sur la spiritualité de Marie Guyard

Fluvialité spirituelle chez Marie de l'incarnation

La vie de Marie Guyart (qui débute sur les rives de la Loire, et se termine sur les bords du Saint Laurent) ressemble à un long fleuve, dont le trajet, sinueux, semé de méandres, n'a rien de tranquille !

Pourtant, une existence comme la sienne, toute orientée vers DIEU, n'est elle pas assurée de se dérouler selon un parcours linéaire, uniforme, à l'abri des impasses ?

Et, s'il s'y rencontre quelques tours et détours, ne sont ils pas imputables aux seules erreurs et faiblesses humaines ?

DIEU, dit on, « écrit droit avec nos lignes courbes ».

Et si c'était LUI MÊME, qui suscitait ces courbes ? (comme autant d'étapes nécessaires, avant de retrouver la ligne droite, en laquelle pourra, alors, fleurir et fructifier la réalisation de SES MYSTERIEUX DESSEINS ).

L'étrange conduite de DIEU, au coeur de la vie tourangelle de Marie, semble déroutante et paradoxale !

En effet, lors d'un songe nocturne, JESUS donne à Marie, (âgée de 7 ans), sa vocation : «  VOULEZ VOUS ÊTRE A MOI » ?

D'emblée, elle y consent, amoureusement, (même si cet Appel Divin est en « clair obscur », car, dit elle : « Il y avait un secret que je ne connaissais pas »).

Comment comprendre, alors, que ses parents ( représentant, à ses yeux, la volonté de DIEU sur elle) ne donnent pas suite à sa demande d'entrer, à 15 ans, chez les Bénédictines, et, que, deux ans plus tard, ils arrangent son mariage avec Claude Martin ?

Avec la vie conjugale et la maternité, (suivie, de près, par le veuvage et la difficulté de liquider l'entreprise endettée de son époux) ; avec la nécessité de subvenir, seule, à l'éducation de son fils et à leurs besoins ; avec les dix années passées dans « le tracas », au service de l'entreprise de son beau frère, l'éventualité, pour la Veuve Martin, d'embrasser la vie religieuse semble bien abandonnée pour toujours !

Cependant, l'Appel à se consacrer entièrement à JESUS a, puissamment, rejailli en elle, dès le décès de son mari .

Ce qui conduit Marie à mener une « double vie ».

A l'extérieur, elle s'investit, avec succès, dans les multiples responsabilités matérielles qui lui sont confiées, tandis qu' à l'intérieur d'elle même, au plus secret de son être, elle poursuit un dialogue amoureux incessant avec son GRAND DIEU, avec l'intime conviction qu'IL lèverait, un jour, tous les obstacles à l'accomplissement de sa vocation.

Ce jour arrive, enfin ! : Marie a 31 ans...

L'ESPRIT SAINT, alors, la presse :« HÂTE TOI ! IL EST TEMPS ! TU N'AS PLUS RIEN A FAIRE DANS LE MONDE !», au moment précis, où, les circonstances extérieures, (jusque là, contraires) lui deviennent favorables et permettent son admission dans la Communauté des Ursulines , récemment installée à Tours.

Devenue religieuse, sous le nom de Marie de l'INCARNATION, elle peut se croire, enfin, après tant d 'années, arrivée au port !

Pourtant, cette étape ne réalise qu'une partie de l'Appel reçu à l'âge de 7 ans, lequel comportait un « secret ».

Ce «  secret » se dévoile, progressivement, au cours des huit années passées dans le monastère tourangeau : DIEU la veut MISSIONNAIRE au CANADA, afin d' apporter l'EVANGILE, dans les terres lointaines, en particulier, en se consacrant à l'éducation des enfants et des femmes.

Lorsque, de nouveau, tous les obstacles à cette vocation missionnaire s'effacent et que l'improbable départ, pour le NOUVEAU MONDE, d'une religieuse tourangelle cloîtrée, devient réalité, Marie de l'INCARNATION a 39 ans !

Embarquée, le 4 mai 1639, sur « le Saint Joseph », pour une traversée atlantique, sans retour, la voici prête à apporter une contribution essentielle à l'Epopée de La Nouvelle France.

En 1654, sur l'ordre de son directeur spirituel, au Canada, le Père Lalemant, Marie de l'Incarnation rédige son autobiographie.

Le cours sinueux du fleuve de sa vie défile devant ses yeux et elle en découvre l'unité, comprenant, alors, le sens caché de chacun des méandres et détours qui se sont imposés à elle.

A propos de son désir contrarié d'entrer chez les Bénédictines de Beaumont, elle écrit : «  DIEU ne me voulait pas là !». En ce qui concerne, l'état du mariage, la maternité, et l'immersion prolongée dans le «  tracas » des affaires matérielles, elle ajoute : «  DIEU me voulait là » !

Elle réalise combien toutes ces années laborieuses, remplies, mystérieusement, d'expériences les plus diverses, l'ont préparée à sa vocation de missionnaire en terre canadienne.

Elle conclut :«  ce fut mon noviciat » !

Ainsi, selon les termes de Dom Oury, «  Marie sent que tout est à sa place, les évènements du dehors et les expériences mystiques....Elle s'est efforcée d'être...docile à l'action de DIEU...Elle s'est laissée composer, lettre par lettre, mot par mot, ligne par ligne, phrase par phrase, page par page, au long des jours, sans comprendre ce que DIEU voulait d'elle.Maintenant, le livre est achevé, le message est entièrement écrit... DIEU peut l'imprimer dans l'esprit de qui Il veut ».(Oury. M.I Solesmes1976 p17et18)

Brigitte Brisset. TOURS. 3 avril 2014